« Le gros lot » de Sandra Sbaizero

S.A Dubidon
6 bis rue de Larnac
41000 le Pré-Judisse

à

Mme Vick Time
2 rue des Pâtures
41100 Orgie

Madame,

J’ai l’honneur de vous annoncer que vous avez gagné un séjour de quinze jours* au Maroc pour deux personnes**, dans un hôtel***. Non, vous ne rêvez pas ! Notre société a choisi de récompenser ainsi ses meilleurs clients. Il vous suffit de vous présenter le deux juillet prochain au guichet de notre partenaire voyagiste, « Les tours de Cauchon », à l’aéroport d’Orly, munie de la présente lettre et du coupon ci-joint dûment rempli.
Au cas où vous ne souhaiteriez pas profiter de votre prix, je vous saurais gré de m’en avertir afin que je puisse en faire bénéficier un autre client.
En vous remerciant de votre fidélité, je vous prie d’agréer, madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Le responsable marketing

« Vincent ! Vincent ! s’écria Vick en agitant la précieuse lettre sous le nez de son mari. Regarde ce qu’on vient de recevoir ! Et toi qui disais qu’on ne gagnait jamais rien ! » Sachant que sa femme ne le lâcherait pas tant qu’il n’aurait pas lu la feuille qu’elle lui tendait, il s’exécuta en râlant. Mais en découvrant la teneur du message, un large sourire apparut sur son visage : un voyage gratuit qui leur tombait du ciel, ça ne se refusait pas ! Ils ne disposaient que d’un mois pour se préparer au départ, mais ça valait la peine de se démener un peu.
Tout à leurs préparatifs, ils ne virent pas le temps passer et le jour j. arriva à une vitesse folle. Vincent pressa sa femme qui vérifiait pour la énième fois qu’ils n’avaient rien oublié. C’est qu’ils avaient de la route à faire avant d’atteindre l’aéroport ! Et puis, l’heure de l’embarquement n’était indiquée nulle part… Ce serait idiot de louper l’avion !
Arrivés sur place, ils connurent un bref moment de panique devant l’immensité des lieux. Empêtrés dans leurs bagages, ils ne savaient pas dans quelle direction aller. Heureusement, un aimable employé les renseigna et leur indiqua comment parvenir jusqu’au comptoir qu’ils cherchaient. Une hôtesse souriant prit la lettre et le coupon et leur tendit à chacun un cocktail coloré. Vincent et Vick se regardèrent interloqués et reposèrent leurs verres sans y toucher.
-Merci, dit Vincent, mais il n’est que huit heures… c’est un peu tôt pour une telle boisson. Nous venions seulement retirer notre prix.
-C’est ce que vous venez de faire, répondit l’hôtesse sans se départir de son sourire.
-Je ne comprends pas… bredouilla Vick. Où sont les billets d’avion ? La réservation pour l’hôtel ?
-Je vais vous montrer notre catalogue et nos tarifs pour que vous puissiez faire votre choix.
-Vos tarifs ? dit Vincent. Mais ce voyage, on l’a gagné ! Il nous est offert : c’est écrit sur la lettre que nous venons de vous remettre. Nous avons gagné un séjour de quinze jours dans un hôtel trois étoiles au Maroc !
-Il y a un malentendu cher monsieur ! Ce ne sont pas des étoiles, ce sont des astérisques. Voyez par vous-même, il suffit de retourner la lettre pour voir les clauses auxquelles elles vous renvoient : *un séjour de quinze jours offert si votre numéro est tiré au sort, **un cocktail de bienvenue sera offert à l’aéroport à chacun des participant et à leur conjoint, ***le règlement du présent concours est disponible sur simple demande auprès de Maître Ahmed Eipan, huissier à Paris XIIème.

Retrouvez Sandra sur son blog en cliquant ici.



Disparition

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1er interrogatoire.

La jeune femme ne cessait de sangloter bruyamment. L’inspecteur de police qui l’interrogeait ne savait plus comment faire pour la calmer. Il lui avait déjà apporté une tisane à la camomille mais rien n’y faisait. Les coudes sur la table, le visage dans les mains, elle continuait de verser son flot de larmes. Elle n’avait même pas jeté un œil sur la tasse qu’il avait déposé devant elle.

(suite…)



Prudence est mère de sûreté

  Une exaltation  infantile tambourinait dans ma poitrine, ce jour où, pour la première fois, un camarade de classe m’invita chez lui. Moi, le « bouffon binoclar » qui débarquait de la banlieue huppée, j’avais enfin l’insigne privilège de déposer mes pieds dans l’antre du Roi du « biz », le grand Abdel, le businessman par excellence de l’école élémentaire.

Malheureusement, son domicile se nichait au beau milieu d’un labyrinthe bétonné qui répondait au doux nom : « les Arlequins ».

En effet, cet enchevêtrement d’entrées d’immeubles, d’escaliers, de coursives et de couloirs était bariolé de couleurs vives qui rappelaient le costume pittoresque du personnage de la comédie italienne.

Mon incompréhension des quelques chiffres que mon ami avait griffonné, augmentait à chaque galerie que je découvrais. Très vite, je fus dans l’obligation de demander mon chemin. J’optais pour un grand black à l’allure décontractée.

« - Excusez-moi, demandais-je en me raclant la gorge, intimidé, je cherche cette adresse, ajoutais-je en tendant le papier.

  • - Ouaille le môme! T’es pommé? Attends voir.»

Il m’arracha le papier des mains et entama une contemplation scrupuleuse des notes de mon camarade.

« - Ouaille ! interjeta t-il de nouveau, c’est Momo qu’tu veux viser ?

  • - Heu…et bien… balbutiais-je, hésitant, je viens rendre visite à mon copain Abdel.

  • - T’es pote avec le p’tit frangin! Trop d’la balle! J’ai un truc à abouler à Momo, le frangin d’ ton pote. Tiens, vla l’paquet, me dit-il en me tendant un petit colis emballé dans un sac plastique Lidl et scotché de toutes parts. J’te dis comment t’y vas si tu lui checkes mon taff. Ok?

  • - Ok… vous connaissez le chemin?

  • - Si j’connais! C’est mon bled! C’est fastoche, tu prends la galerie bleu, au bout la jaune, tu longes les entrées jusqu’à la

  • 120ème, tu prends l’ascenseur jusqu’au 5ème étage, à gauche

  • tu prends la coursive G, tu vas arriver à un autre ascenseur,

  • tu descends au 3ème, et là, t’arrives à la coursive D. T’as plus

  • qu’à trouver l’apart 27. L’ascenseur du D y’é en rade.

  • T’es obligé d’passer par le G. Mais t’inquiètes, c’est l’plus court.

  • - Heu… galerie jaune, entrée 120, 5ème étage, coursive G, le 3ème, coursive D… répétais-je en marchant.

  • - He! Oublie pas l’paquet pour Momo! s’écria mon bienfaiteur.

  • - Oui… entrée 5, 120ème étage…heu coursive B…»

Bien entendu, ces explications alambiquées m’ont vite perdu. Au bout d’une demi-heure, j’ai décidé de demander de nouveau mon chemin à un agent de l’ordre. Deux policiers patrouillaient en voiture.

« - Excusez-moi messieurs les policiers. Je me suis perdu, je voudrais me rendre chez mon ami Abdel. Voici l’adresse. »

Le conducteur prit le bout de papier que je lui tendais tandis que le second m’examinait des pieds à la tête.

« - Mais c’est en plein milieu de la cité ! Ce n’est pas un endroit où se balader petit, me dit-il en lisant l’adresse.

  • - Qu’est-ce que tu as dans ce paquet? me demanda son assistant avec méfiance.

  • - Heu… je ne sais pas, c’est un colis pour Momo, le grand frère de mon ami.

  • - Je peux voir?»

Je n’ai pas immédiatement compris pourquoi leurs visages ont blêmi à la vue des quelques tablettes brunes que contenait le sac, ni pourquoi ils se sont empressés de m’embarquer comme un criminel. Bien plus tard, lors de mon interrogatoire au commissariat, j’ai réalisé que ce n’était pas des tablettes de chocolat, comme je l’avais cru. Je me suis alors rappelé ce proverbe que formulait mon grand-père : « Prudence est mère de sûreté ».

De Lina Carmen



Beauté

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J’aimerai beaucoup connaître votre point de vue sur ces deux photos. Veuillez, s’il vous plait, me répondre en commentaire à cette question : « Qui est la plus belle ? La photo n°1 ou la n°2 ? »

L’avis de la gente masculine sera bienvenu.

Voici quelques textes et poèmes sur la beauté. En les lisant, dites moi laquelle de ces deux femmes conviendrait le mieux pour les illustrer.

« Oui, je t’aime de l’amour d’un guerrier,

Ton image suffit à mon amour.

Tu es la maîtresse de mon coeur,

Tu es la souveraine de tout mon être.

Ô Abla comment tracer ton portrait ?

Tu réunis toutes les perfections.

L’astre argenté des nuits a moins d’éclat,

De douceur et de pureté.

Dirais-je que ta taille a la flexibilité du cyprès

Mais sa branche a-t-elle

Ta grâce et ton élégance ?

Que puis-je comparer

A la beauté de ton sein ?

Mon regard n’ose s’y arrêter.

Etre uni à toi c’est jouir de la félicité suprême.

En être séparé, c’est être anéanti. »

Antara (VIème siècle)

« Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile; tes cheveux comme un troupeau de chèvres, ondulent sur les pentes du mont Galaad.

Tes dents, un troupeau de brebis à tondre qui remontent du bain. Chacune a sa jumelle et nulle n’en est privée.

Tes lèvres, un fil d’écarlate, et tes discours sont ravissants. Tes joues, des moitiés de grenades, derrière ton voile.

Ton cou, la tour de David, bâtie par assises. Mille rondaches y sont suspendues, tous les boucliers des preux.

Tes deux seins, deux faons, jumeaux d’une gazelle, qui paissent parmi les lis.

Avant que souffle la brise du jour et que s’enfuient les ombres, j’irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l’encens.

Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune ! »

Cantique des Cantiques, bible de Jérusalem.



Rêverie

fondecranquandlaluneparlealarbre.jpg 

 En rangeant mes affaires, j’ai trouvé un texte que j’ai écrit il y a 12 ans. Le thème du concours, c’était : « rêverie ». Bonne lecture !

On le lui reprochait toujours. Surtout elle. Exaspérée après plusieurs appels, elle alla le chercher dans la clairière.

« — Alors ? Encore à bailler aux corneilles ! C’est pas bientôt fini non ? Y’a du boulot ici ! »

Après cet apostrophe, elle ne put s’empêcher de cracher un liquide jaunâtre. Après chaque phrase, c’était ainsi : elle crachait.

Son visage ridé, son tablier usé et son goût pour la saleté, faisaient d’elle la fermière la plus repoussante de la région. Et c’était sa mère ! Il en avait assez de vivre là.

Peut-être que son père aimait vivre ainsi mais lui, ça l’écoeurait. Il en avait assez de manger dans des assiettes graisseuses sous prétexte qu’un peu d’eau suffisait pour éliminer l’essentiel. Il aurait voulu qu’elle connaisse le mot « lessive » pour se vêtir proprement.

Bref, pour échapper à sa mère, il se réfugiait au pied d’un chêne pour contempler le paysage. Il partait très loin, vers des horizons inconnus, vers d’autres mondes.

Mais sa mère venait toujours le rappeler à l’ordre et il devait l’aider dans son travail. Dès qu’il en avait l’occasion, il retournait à ses méditations.  Il y restait de plus en plus longtemps et il finit par y passer des nuits entières. On l’oublia.

Absorbés par le travail, ils ne trouvèrent plus le temps d’aller le chercher. Alors, ils le laisssèrent là, sans y penser. 

 De loin, il vit ses parents travailler, vieillir et le temps passa. Son père mourut et sa mère continua seule le travail de la ferme. Agée et fatiguée, elle vendit ses terres et arrêta toute production.

 Soudain, il cessa toute rêverie. Une question lui effleura l’esprit. Il s’avança jusqu’à la mare et se regarda. Il recula et examina ses mains. Rien n’avait changé. Il était toujours un jeune homme de 18 ans.

Des années s’étaient écoulées et pourtant, elles avaient passé sur lui sans l’atteindre. C’est vrai qu’il avait vu le temps passer mais il l’avait observer de loin sans y participer. Lui, il s’était arrêté dans le temps. Mais alors…il détenait le temps !

Parmi tous les rêves qu’il avait pu faire, celui-ci était vraiment le plus beau ! Et il se réalisait. Qu’allait-il en faire ? Comment en profiter ? Il s’asseya et réfléchit.

Tout d’abord, il souhaitait connaître l’avenir. Il pouvait voyager dans le temps comme il le désirait. Rien n’était plus facile ! Il avait déjà avancé de trente ans. Il devrait ressembler à un homme de 48 ans mais il avait toujours 18 ans !

Il se concentra et rêva au futur. Le temps s’accéléra. On enterra sa mère. La ferme fut vendue. Le nouveau propriétaire rasa le tout pour y construire un hôtel quatre étoiles.

Trente années passèrent. Les touristes affluaient. L’hôtel marchait toujours bien. Encore vingt autres années. L’hôtel connut des moments difficiles. Les touristes étaient moins nombreux. Ils allaient ailleurs.

Petit à petit, il sentit la lassitude le gagner. Le temps devint lourd, très lourd. Il avait du mal à respirer. Il se sentait vieux mais il était toujours aussi jeune.

Subitement, ce fut l’arrêt cardiaque et il tomba, raide mort.

« Et alors ! Encore à bailler aux corneilles ? C’est pas bientôt finit de rêvasser ! y ‘a du boulot ici ! « 

Cette voix si familière le réveilla. Il s’était assoupi au pied du grand chêne. Ouf ! ce n’était qu’un mauvais rêve…

De Lina Carmen



Les invincibles : chapitre 7, Hercule

(Pour lire les chapitres précédents, voir à « Pages ») 

Nouveau chapitre de mon documentaire concernant la guilde des invincibles, voici le témoignage de Mederick :

« Notre recrue suivante, c’est Tatouille qui nous l’a trouvé. Un jour, tandis que je l’attendais pour patrouiller dans le quartier à la recherche de personnes en détresse, il s’est amené avec un ami.

« - Bonjour Mederick ! Je ne suis pas seul aujourd’hui, il y a un nouveau qui voudrait rejoindre notre guilde.

  • - Vraiment? ai-je répondu, soupçonneux.

  • - Oui! Voici Hercule Annamour!»

Le Hercule en question affichait un sourire béat.

« - Bonjour, lui ai-je dit. Je suis Mederick Polakowski, le président de la guilde des invincibles.

  • - Bonjour, me répondit-il en me tendant la main.

  • - Tu devineras jamais comment je l’ai rencontré!

  • - Attend, laisse moi deviner…tu lui as rentré dedans!

  • - Comment le sais-tu? Ma cousine, en voyage à Paris, voulait admirer la vue de la Tour Eiffel. Tu sais comme ils sont fatiguant ces escaliers! Hercule descendait et moi, fatigué, j’ai trébuché. Je l’ai bousculé et il a fait une sacrée pirouette! Il a dû dévaler plusieurs étages comme ça. Mais il s’est relevé, indemne! J’ai trouvé ça louche. J’ai laissé ma cousine et j’ai interrogé mon nouvel ami. Quand j’ai compris qu’il était aussi résistant que nous, je l’ai invité!

  • - Il est tombé dans les escaliers? demanda Lyly. J’avais pas encore essayé.»

Elle a griffonné quelques mots sur un cahier. Elle s’était mise en tête de lister toutes les formes possibles de suicide. Elle les testait une par une et les barrait à chaque échec. Hercule, qui était assis dans le canapé, s’est levé soudainement et s’est précipité vers mon étagère.

« - Ouah !!! Une figurine de Lucky Luke ! Je l’ai pas celle là.

  • - Pourquoi, tu les collectionne?

  • - Oui, j’ai 134 figurines de personnages de BD et 157 de dessins animés.

  • - Et bien! me suis-je écrié, surpris, ça fait un paquet de personnages ça!»

Si au moins ce n’était qu’une simple collection de figurines… Mais j’allais vite comprendre que ce n’était pas sa seule collection. »

Témoignange recueillit par la journaliste, Lina Carmen



Une dispute ordinaire

 

Le visage enjoué, Maya avalait ses tartines de confiture tout en marmottant une chanson guillerette. Guillaume, assis à ses côtés, plongeait son regard alarmé dans la noirceur de son café.

Comment allait-il s’y prendre ?

Angoissé, dépité, il décida de tenter sa chance. Il se tourna avec anxiété vers Maya. Elle finissait son petit déjeuner en se léchant les doigts tout en dansant sur sa chaise au son d’une musique imaginaire.

Elle était si heureuse…

« - Ma chérie… je sais que je t’avais promis de t’emmener au cinéma, mais… j’ai un souci… »

Elle arrêta de gesticuler. Le ciel bleu de ses yeux se rembrunit d’un noir obscur. L’orage était prêt à éclater.

« - Mais tu m’avais promis !

  • - Oui, je sais mais j’ai une affaire urgente à régler au bureau.»

Il ressentait un énorme nœud dans son estomac. Plus il essayait de s’expliquer, plus son malaise grandissait.

« - Je veux aller au cinéma ! rétorqua t-elle d’un ton péremptoire.

  • - Tu pourras y aller avec Marion…

  • - Non! Je veux y aller avec toi!

  • - Ce n’est pas possible…

  • - Si tu pars, je rentre chez maman! osa t-elle le menacer avec aplomb.

  • - Allons, ne dis pas de bêtises.

  • - Alors, je vais hurler! Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!!!!

  • - Non, non! Calme-toi!»

Les poings fermés, le faciès rougeoyant, elle continuait malgré lui de déverser son cri suraigu. Que faire ? Rester ici ou partir, cela revenait au même. Il aurait toujours ses caprices à supporter.

« - Allons, allons, je te promets que demain on fera les magasins. Tu pourras acheter tout ce qui te fera plaisir. »

Elle s’arrêta enfin pour lui répliquer :

« - Non, je ne veux pas !

  • - On ira à la pâtisserie et tu choisiras un gros gâteau, tenta t-il, désespéré.

  • - Non!

  • - Si je ne rentre pas trop tard on pourra se rendre à la séance de dix-huit heures…

  • - Non! Je veux y aller maintenant!

  • - Oh! et puis j’en ai assez, je pars. Marion est déjà là, finit-il par décider, exaspéré.

  • - Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!» se remit-elle à s’égosiller.

Guillaume s’éclipsa rapidement de la villa. Il souffla de soulagement lorsqu’il fut dans le silence de sa voiture.

On ne peut pas parler avec les femmes. Et communiquer avec une gamine capricieuse de cinq ans, encore moins!

Lina Carmen

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Chapitre 6 : La guilde des invincibles

  Je sais que vous attendiez tous la suite, et bien la voilà ! Les invincibles sont de retour, avec Mederick qui nous conte cette formidable aventure.

(Pour lire les chapitres précédents, voir plus bas.)

« Dès le lendemain, un dimanche, j’ai invité Tatouille et Lyly chez moi à l’heure du thé. Enchanté par cette futur rencontre qui pouvait ramener le sourire chez ma bien aimée, j’ai astiqué mon appartement dans les moindres recoins.

La première à faire son entrée, c’est Lyly. Bien entendu, nous avons attendu une heure trente avant que Tatouille daigne arriver. Ma belle était très excitée à l’idée de rencontrer un autre confrère :

« - Tu te rends compte ! me dit-elle. On est peut-être des milliers dans cette situation !

  • - Et bien tu vois, ai-je répondu, tu ne seras plus jamais seule!
  • - Oui, oui, mais surtout, ils pourront m’aider à trouver une solution à mon problème!
  • - Heu… oui, oui, encore un peu de thé?»

On frappa à la porte. C’est un Tatouille ébouriffé et dégoulinant de sueur qui se présenta à nous.

« - Kevin ? Tout va bien ? demandai-je.

  • - Oh là là! s’est-il exclamé. C’est compliqué pour venir chez vous. J’me suis embrouillé dans le métro… J’ai mis un temps fou à venir! J’ai tellement marché que je suis épuisé!»

Sur ces paroles, il s’est précipité sur le canapé dans le but de s’asseoir et… s’est étalé de tout son long sur les genoux de Lyly qui cria de terreur. Embarrassé, il chercha à se relever et mit une main malencontreuse sur sa poitrine, ce qui accrut les hurlements de ma dulcinée. Afin de la délivrer de l’emprise de ce maladroit, j’ai été obligé de le tirer par les épaules afin de l’installer moi-même. Il souffla de soulagement tandis que Lyly s’écartait brutalement, lui lançant un regard courroucé.

« - Désolé… j’ai trébuché sur le tapis. Vous devriez l’enlever ce tapis !

  • - Ce n’est rien… Bon et bien Lyly, je te présenté Kevin Tatouille, Kevin, voici Lyly.
  • - Tatouille? s’est-elle exclamée en pouffant de rire, oubliant la maladresse de Kevin.
  • - Oui mais… heu…je préfère qu’on m’appelle Kevin.
  • - Vraiment? Pourtant, Tatouille, ça te va très bien.
  • - Et bien moi je trouve pas, a-t-il lancé, agacé.
  • - Allons, ce n’est pas le sujet. Si je vous ai fait venir, c’est pour parler de l’avenir de «la guilde des invincibles». Vous savez tous les deux que mon but est d’utiliser nos talents au service du bien.
  • - Une seconde Mederick, j’ai jamais dit que je voulais faire partie de ta guilde moi! m’a interrompu Lyly. Ce que je veux, c’est trouver le moyen d’en finir avec cette vie. Dis-moi Tatouille, t’as déjà essayé de mourir?
  • - Ne m’appelez pas comme ça! Moi, c’est Kevin.
  • - Oh ça va! On a compris. Bon alors, tu réponds à ma question?
  • - Lyly s’il te plait, c’est pas le moment…
  • - Mederick, si tu continue je pars!
  • - Mais… Ok Lyly, mais ensuite, tu écoute ce que j’ai à dire!
  • - Oui, oui. Alors, Tatouille, tu sais comment mourir?
  • - Ben non, a-t-il répondu en ronchonnant.
  • - Comment ça non, t’as pas une petite idée?
  • - Et ben si j’avais réussi, je serais plus là pour t’en parler idiote!
  • - Et là! me suis-je écrié. C’est pas une raison pour la traiter d’idiote! Et toi, dis-je en m’adressant à Lyly, arrête avec tes questions sur la mort, il a pas la réponse! Bon, je peux vous expliquer mes idées maintenant?»

Ils m’avaient suffisamment énervé pour que j’élève le ton. Le reste de notre entrevue, j’ai pu exposer mes projets dans un silence agréable. Il est vrai qu’ils boudaient un peu, mais au moins, « la guilde des invincibles » était née. »

Propos recueillis par la formidable journaliste internationale, Lina Carmen.

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Tout petit

Voici un texte de Cilou que j’ai beaucoup aimé car j’ail’impression que ce petit oiseau, c’est moi. 

(Allez chez elle, vous ne serez pas déçu !)

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 Je suis comme l’oiseau tombé du nid!

Il fait froid au dehors et je faiblis.

Ma mère ne m’avait pas préparé à cela,

Me voilà dans de beaux draps!

Mais, au sol, je risque la mort!

Il me faut de la  volonté,  pour échapper à ce triste sort!

Je dois m’envoler et découvrir le monde,

Je ne veux plus perdre une seconde!

J’écarte les ailes, je prends de l’élan,

Et c’est le décollage, en route vers l’océan!

J’ai soif de découvrir, demain les montagnes,

Puis les continents et peut-être plus tard, un retour en Bretagne.

Si je le pouvais, c’est l’univers tout entier que je visiterais!

Ce que ma mère ne m’a pas enseigné, par moi-même le découvrirai!

Je voudrais tout savoir, tout connaitre…

Mais je ne suis qu’un moineau, qui vient de naitre,

Avec ses rêves de grandeur et de croqueur de vie…

Et qui vient soudain de réaliser, qu’il est bien trop petit

Qu’il a des limites et que parfois la volonté,

Ne suffit pas pour tout réaliser…

De Cilou.

Et oui, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir ! (Désolé Papounet…)



Souvenirs

couple2.jpg 

Au cours de ma carrière d’infirmière, j’ai eu toutes sortes de patients : du clochard en état d’ivresse au VIP qui se croyait dans un hôtel cinq étoiles. La sortie de certains d’entre eux était un vrai soulagement tandis que pour d’autres, je ressentais un petit pincement au cœur. Mais seul l’un d’entre eux me laissa une empreinte pleine de douceur et de nostalgie.

Rose est arrivée dans mon service un matin de juillet. Elle souffrait de blessures multiples dues à l’incendie de sa villa. Malheureusement, son époux n’avait pas survécu à l’inhalation de la fumée. Depuis son entrée à l’hôpital, je redoutais son réveil. Il est toujours douloureux d’annoncer la mort d’un être cher. Dès qu’elle fut réveillée, malgré le masque à oxygène, elle manifesta le désir de nous parler.

« - Robert ? Où est Robert ? réussit-elle à articuler en soulevant le masque.

  • - Restez tranquille Madame Vignais. Vous avez avalé beaucoup trop de fumée, vous avez besoin de garder votre masque.»

Afin de lui annoncer la terrible nouvelle, je m’assis près d’elle. Lui tenant la main, je lui exposais :

« - Il y a eu un problème avec le gaz. L’incendie a pris dans la cuisine et… il y avait beaucoup de fumée. C’est pour cette raison que vous êtes sous oxygène. Par contre… concernant votre mari… »

Ses yeux s’agrandir et quelques larmes perlèrent au coin des yeux. Tandis que son teint blêmissait, je dis tout haut ce qu’elle avait déjà compris :

« - Robert n’a pas survécu, il est mort. »

En entendant ces quelques mots, elle compressa ma main dans un sursaut de douleur. A travers cette pression, je discernais combien sa souffrance était insoutenable. Ne supportant plus cette attache, j’essayais de l’obliger à lâcher prise. N’y arrivant pas j’entrepris de la raisonner.

« - Vous me faites mal Madame Vignais. »

Le regard vide posé sur moi, elle mit de longues secondes à comprendre. Une fois libérée de son emprise, j’utilisais les termes usuels : « - Toutes mes condoléances madame. » Toutefois, l’émotion qui se dégageait d’elle m’avait suffisamment bouleversée pour que ces quelques instants s’inscrivent dans mon esprit. J’allais la quitter quand elle bredouilla :

« - Ma boite… et ma boite à biscuit ? »

Je ne sus le sens de ces propos que bien plus tard, lorsque son état lui permit de s’exprimer plus librement.

Constamment, chaque jour, à tous ceux qui entraient dans sa chambre, elle leur demandait s’ils savaient où était sa boite à biscuit. Dans la salle de repos, j’entendais le personnel se moquer d’elle en disant que la destruction de ses biens l’avait rendue complètement folle. Je ne pouvais m’empêcher de penser différemment. Quand enfin, j’osais la questionner sur cette boite, elle me répondit :

« - C’est ma boite à trésor, elle est en fer blanc. Elle était dans le salon, dans un meuble en bois de chêne… j’aimerai tant la retrouver. »

Troublé par ces paroles, je pris le risque de visiter les restes de sa villa.

L’odeur de la cendre, les meubles et les objets calcinés qui jonchaient le sol donnaient l’impression que la vie s’était envolée. Seule une unique tomate dans le potager verdoyant apportait un peu de gaieté. Je n’eus aucun mal à reconnaître le meuble en chêne car il était encore debout. Malgré quelques difficultés à l’ouvrir, j’entrevis la boite de Rose. Comme par miracle, elle était intacte !

Lorsqu’enfin, Rose eut la boite entre les mains, ses yeux brillèrent et un immense sourire se dessina sur ses lèvres.

« - Restez Hélène, me dit-elle. Vous qui avez été si gentille pour me la ramener… »

Elle l’ouvrit et …ce fut une belle pagaille d’objets, papiers et photos. Tant de complications pour tout ce fatras ?

Le visage rayonnant, Rose sortit les objets un par un et m’éclaira sur l’origine de tout ces souvenirs. Je me souviens particulièrement de sa première dent de lait qui ne voulait pas tomber. Elle me raconta comment elle l’avait perdue lors d’une bagarre avec la « chipie » de sa classe.

Emue, elle sortit le foulard préféré de sa mère. Elle me parla longuement d’elle avec beaucoup de mélancolie. Je fus intrigué par une vieille cassette audio. On n’en faisait plus de nos jours ! Elle m’apprit que ses premières chansons y étaient enregistrées. Elle avait été chanteuse ! Elle avait même une coupure de journal annonçant son premier et dernier concert.

Mais le plus émouvant, c’était les objets qui la reliaient à Robert : la rose séchée du premier bouquet qu’il lui avait offert, leurs mèches de cheveux qu’ils avaient coupés le jour de leur mariage, le cœur d’Aphrodite en cristal pour leurs quinze ans de mariage…

Et le plus triste, ces deux billets d’avion pour New York qu’ils n’avaient jamais utilisés car à trois mois de grossesse, on lui avait annoncé la mort de son bébé. Elle me parla beaucoup de cet événement, qui leurs confirmèrent qu’ils ne pourraient jamais avoir d’enfants.

Chaque objet lui rappelait un événement, triste, joyeux ou amusant de sa vie. Je me dis alors que ces objets, dans les mains de Rose, avaient bel et bien une âme.

Je ne revis plus Rose après sa sortie de l’hôpital, mais depuis, j’ai moi-même commencé à collectionner quelques souvenirs.

De Lina Carmen

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