Emeraude oubliée, chapitre 3

Le président Percy ordonna brutalement à son Cyber-intellect de se taire. La machine, ne pouvant capter les émotions, obéit mécaniquement en le saluant d’un «  Au revoir Monsieur le Président ». La tête tridimensionnelle s’effaça et un calme plat se fit dans le bureau.

L’écoute du rapport annuel l’avait particulièrement énervé. Il se leva de son siège et commença à arpenter la pièce d’un pas vif. Il devait se calmer. Dans quelques minutes, il allait faire face aux technocrates qui régnaient sur la ville. Ils avaient tout intérêt à ce que la compagnie fonctionne. Son père et son grand-père avaient tout mis en œuvre afin qu’il n’y ait aucun accroc dans leur plan. Ils devaient tous écouler des jours tranquilles pour plusieurs centaines d’années. Et voilà qu’un mauvais rapport venait compromettre leurs prévisions ! Il ne pouvait l’admettre.

Mais les ingénieurs, qui avaient été formés à l’étude des Ecrits Ancestraux avaient certainement des propositions astucieuses à leur soumettre. Deux d’entre eux, les meilleurs, étaient d’ailleurs toujours présent à cette réunion annuelle. Il s’emportait beaucoup trop vite. Il inspira profondément et son calme lui sembla revenu. Garder son sang froid, voilà ce qui l’aiderait à réfléchir ! Il devait être en possession de tous ses moyens pour mener à bien cette réunion.

C’est détendu que le président Percy fit son entrée dans la salle de conférence. Tout un panel d’hommes en costumes cravates indémodables étaient installés autour d’une table rectangulaire. Equipés de leurs ebooks, ils avaient déjà pris connaissance du rapport de la compagnie. Le président Percy se tint debout devant l’assistance et déclara :

« - Bonjour messieurs et merci d’avoir répondu présent à notre réunion annuelle. »

Il s’assit et continua : « - Je suppose que vous avez déjà tous consulté notre rapport qui n’est pas des plus positif, il est vrai. »

Tous acquiescèrent silencieusement.

« - Mais n’oublions pas que nos pères ont bâti cette ville et qu’ils ont su assurer notre existence. Leur plan était parfait et c’est un fait établi qui ne peut être altérer ! C’est pourquoi, il doit exister une solution qui nous échappe. Il ne tient qu’à nous d’utiliser la sagesse et la connaissance de nos ancêtres pour apporter le remaniement nécessaire. C’est là qu’interviennent nos meilleurs techniciens. Messieurs Brienner et Montenegra, que pensez-vous de la situation ? »

L’un des auditeurs assis à la droite du président prit la parole d’une voix mal assurée :

« - Et bien, je dirais que notre filon de pétrole est conséquent et qu’il n’est pas possible qu’il soit déjà asséché. Je pense que nous avons dépassé la récupération primaire et qu’il nous faut passer à la seconde phase. Il faut mettre en œuvre de nouvelles techniques permettant de raugmenter la pression de fond.

- Et quelles sont ces techniques ? demanda le Président Percy.

- Nous pourrions immerger une pompe en fond de puits. Cette technique, dont je vous épargnerez les détails, pourrait nous permettre d’atteindre un taux de récupération de l’ordre de 25 à 35% du pétrole en place, enfin, en théorie…

- Comment ça en théorie ? s’indigna le président.

 -  C’est-à-dire que… nous n’avons jamais eu l’occasion de tester cette technique nous-mêmes…

- Et alors ? Elle vient des Ecrits Ancestraux ?

- Oui, oui…

- Donc, il n’y a rien à craindre, elle fonctionnera. N’avez-vous pas la foi monsieur Brienner ? Et vous tous ici, j’espère que vous ne doutez pas de la sagesse des Ecrits Ancestraux n’est-ce pas ? »

Il jeta un œil noir à la ronde afin de s’assurer de l’approbation des technocrates. Apeurés, ils acquiescèrent tous, n’osant défier l’affirmation irritée du Président.

« - Bien, puisque nous sommes tous d’accord, nous allons fabriquer cette pompe et ne rien changer à notre vie. N’oublions pas que les changements sont sources de désastres. Maintenant, passons aux comptes. »

Finalement, la réunion s’était bien passée. Il y avait toujours des solutions ! Il suffisait de s’adresser aux bonnes personnes, les spécialistes des Ecrits Ancestraux. Les ingénieurs étaient les seuls à avoir été formés à l’étude de ces manuscrits qui, à l’époque, avaient été rédigés sur du papier. Le papier, un composant naturel qui était tiré des arbres, des végétaux. Il n’y en avait pas dans Mornia. Ils étaient inutiles, seul le pétrole importait. Il était l’essence de leur vie, celui qui leur permettait de survivre. C’est ainsi que méditait le Président Percy, une fois débarrassé de ces intellectuels en cravates. Il était apaisé, rien ne changerait.

On était en pleine après-midi. Sonia n’avait pas cours mais elle avait rendez-vous avec Yan. Elle avait un cadeau pour lui. En fait, deux surprises pour être exact. C’est donc avec beaucoup d’entrain qu’elle s’était préparée, se mirant dans la glace pour trouver le plus bel effet à sa coiffure. Elle les portait court depuis des années. C’était beaucoup plus pratique pour se coiffer le matin et gagner du temps. Sa mère avait pourtant beaucoup insisté afin qu’elle opte pour une chevelure plus féminine. Mais Sonia n’avait aucune envie de passer tout son temps à se préoccuper d’esthétique à l’image de sa mère. D’autres choses l’intéressaient, des choses qui lui étaient interdites.

 Mais depuis qu’elle connaissait Yan, elle avait changé. Elle ressentait le besoin de se faire jolie afin qu’il la remarque. Mais des cheveux aussi court, que pouvait-elle en faire ? Finalement, elle se contenta de les peigner et de les asperger d’un peu de laque pour les fixer. Elle se rappela alors la trousse de maquillage que lui avait offerte sa mère. Elle fouilla et finit par mettre la main dessus. Un peu de rouge à lèvres serait du plus bel effet, et aussi du mascara pour rehausser ses cils. Et pourquoi pas un peu de rouge sur les joues ? Elle se trouvait bien pâle. Avec ses cheveux d’un noir d’encre, elle paraissait maladive ! Elle ne l’avait jamais remarqué auparavant.

Sa séance relooking achevé, elle s’observa dans le miroir. Mais oui ! C’était plutôt réussit ! Ravie, elle attrapa son sac et sortit rejoindre discrètement l’élu de son cœur.Ils avaient décidé de se retrouver dans un bar miteux où peu de clients y venaient. Il y faisait sombre. Ils pouvaient ainsi se cacher des yeux indiscrets. Si on surprenait Sonia avec un gars des bas-fonds, ce serait la catastrophe ! Yan risquait la prison et Sonia, une étroite surveillance qui lui ferait perdre sa liberté de mouvement. Lorsque Sonia arriva, Yan était déjà installé à une table dans le fond de la salle devant une chope de bière. Sonia s’en commanda une et vint s’assoir près de lui.

« - Bonjour ma jolie ! lui dit-il en l’embrassant. T’as pas eu de soucis pour te libérer ?

- Non, il m’a suffit de dire à ma mère que j’allais faire les magasins avec quelques copines. Pour elle, rien de plus naturelle ! Elle n’a toujours pas compris que c’était pas mon truc. »

Sonia portait un sweat gris à capuche où était inscrit le nom d’un groupe de rock, un pantalon noir et des chaussures à lacets. Une tenue passe partout qui ne nécessitait pas des heures de recherches dans les magasins.

« - Tant mieux, on pourra passer l’après-midi tranquille.

-  Mais j’ai quand même fait un peu de shopping et je t’ai amené quelque chose. 

- Ah bon ? dit-il surpris. » 

 

Sonia sortit un emballage et le posa sur la table. 

« - Un cadeau ? s’étonna Yan. Tu sais que c’est la première fois qu’on me fait un cadeau ? ajouta t-il, un étranglement dans la voix. 

- Attends de le voir, peut-être que tu n’aimeras pas ! déclara t-elle pour réduire l’intensité du moment. » 

Yan décacheta le joli papier doré et ouvrit la boîte. C’était une montre. Une magnifique montre de couleur argentée avec un écran rectangulaire qui donnait l’heure digitale.

 

 « - Wouah ! Elle est magnifique ! s’exclama t-il les yeux brillants. 

- Essaye-la ! » 

Yan la sortit de son carton et la posa sur son bras. Le bracelet se referma automatiquement autour de son poignet. 

« - Elle ne fait pas que donner l’heure tu sais. Regarde, sur l’écran, tu as aussi des icônes. C’est une commande tactile. Si tu touches ici par exemple, tu as une boussole, ici les données météorologiques, ici une carte avec ton emplacement dans Mornia ou bien, tu peux aussi avoir la latitude et la longitude. Tu peux même savoir ton rythme cardiaque. Ensuite, tu as un mini-cyber-intellect. Ses possibilités sont limitées mais c’est déjà pas mal. Tu peux lui demander de calculer, d’enregistrer de l’audio et il peut aussi mémoriser ce que tu lui dictes. En fait, il y a peut-être d’autres capacités à découvrir. Ce genre de gadget est surprenant ! » 

 

Yan observait son nouveau jouet comme un enfant émerveillé. Il n’en revenait pas du cadeau que Sonia lui faisait ! Bien sûr, on ne pouvait pas acheter ce genre d’objet dans les bas-fonds. C’était réservé aux friqués. 

Il leva les yeux vers elle et lui annonça, ému : « Elle est magnifique cette montre, tu es vraiment la fille la plus fantastique que je connaisse. » Il la serra fort dans ses bras avant de couvrir son visage de baisers qui firent rire Sonia. 

« - Arrêtes ! Tu me chatouilles ! Et puis, j’ai autre chose.  - Quoi ? Un autre cadeau ? 

- Eh ! Faut pas exagérer, celui-ci m’a pris tout mon fric, ça suffit comme ça les cadeaux. Non, c’est pour notre expédition. » 

Sonia ouvrit son sac et sortit un e-book. 

« - J’ai téléchargé tout ce qu’il faut pour que nous construisions notre aérostat. » 

Lina Carmen



1 commentaire

  1. Malek 24 octobre

    Très bien ce chapitre. J’ai beaucoup aimé et la fin m’a surprise, je ne pensais pas que leur plan serait de construire eux même un aérostat, j’aurais penché pour le vol intuitivement. Un petit bémol quand même, attention aux fautes d’orthographes sur la première partie du texte.

    réponse : En effet, en relisant, j’en ai trouvé plusieurs ! Je crois que je ne m’étais jamais relu. Donc, c’est corrigé ! Merci

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