Emeraude oubliée, chapitre 4

Sonia lui avait laissé l’e-book afin qu’il puisse étudier les techniques de construction d’un aérostat. Il lui avait bien demandé où elle avait trouvé ces informations qui étaient en réalité top secret, et certainement pas à la disposition d’une adolescente de 17 ans. Mais, elle était restée évasive, déclarant qu’elle savait où on pouvait se procurer ces fichiers et qu’ils n’étaient pas si secret que ça à partir du moment où on savait comment se servir.

Les prouesses de Sonia ne cessaient de l’étonner. Mais ses manifestations d’affections lui étaient encore plus précieuses, lui qui en manquait cruellement. Il était particulièrement troublé depuis qu’elle lui avait offert la montre. L’aimait-elle au point de dépenser tout son argent de poche pour lui ? A moins que l’argent ait peu de valeur pour elle. Après tout, c’était une friquée. Il ne savait que penser. En tout cas, il ne voulait pas la décevoir.

Mais les techniques qu’il lisait étaient si complexes ! Une partie était pourtant plus simple que le reste, c’est celle concernant l’enveloppe. Ce n’était que de la couture… La nacelle aussi ne devrait pas comporter trop de difficultés, il fallait juste tisser les lamelles de plastique. D’après les explications historiques, on la fabriquait en bois dans le passé.

Mais il n’y avait plus de bois à Mornia depuis des décennies ! Mais quant à la suite… Il fallait faire des calculs complexes pour connaître le mètre cube nécessaire à l’élévation de la nacelle tout en supportant leurs deux poids… Il fallait fabriquer un brûleur pour envoyer l’air chaud et plusieurs appareils de navigation leurs seraient nécessaires : manomètre, altimètre et variomètre. En plus de se les procurer, il devait apprendre à les lire ! Lui qui n’y entendait rien en météorologie… Et que pouvait-on connaître en matière de météo, quand on vivait dans les bas-fonds où seul le smog régnait ?

De plus, du propane serait nécessaire pour que le ballon s’envole. Comment allait-il trouver tout ces matériaux ? Ils allaient mettre des années ! Il ne serait pas libre de si tôt. Yan pensa aux hautes murailles qui les encerclaient. Quand pourraient-ils enfin les franchir ?

C’est la tête empli de graphiques techniques que Yan marchait dans la brume. D’immenses poches trahissaient son manque de sommeil. Il n’avait pu dormir, ressassant tout ce qu’il avait lu dans l’e-book. A force de persévérance, il avait compris la majorité des explications. Une seule chose le déroutait : les calculs.

Pour que le ballon s’envole et ne s’écrase pas, il ne fallait pas se tromper dans la fabrication de l’enveloppe qui devait les emporter dans le ciel avec tout leur chargement… A la fin de la journée, il verrait Sonia. Qu’allait-il lui dire ? Il avait bien vu dans ses yeux qu’elle comptait sur lui pour la fabrication de l’aéronef. Il voulait être à la hauteur ou tout au moins trouver une solution.

Il arrivait en vu du lycée. C’était un bâtiment sombre et sale qui se situait au premier étage d’une des tours les plus hautes de Mornia. Il leva la tête mais n’aperçut qu’un brouillard lugubre. Sonia était là, son lycée étant installé dans le même immeuble, vingt étages plus haut.

 Il déambula dans les couloirs, les yeux rivés au sol, ignorant les bavardages de ses camarades. C’est lorsqu’il s’assit à sa table, au fond de la classe, qu’il prit le temps de s’arrêter sur son entourage. Quelques lycéens étaient déjà en place, attendant la sonnerie.

Son regard s’attarda sur un jeune dont le visage était en partie dissimulé par une tignasse abondante. Derrière ses lunettes, le garçon scrutait scrupuleusement son écran, marmonnant des phrases inaudibles. Arthur Sapin. Un sacré personnage celui-là. Destiné à devenir un policier de bas étage comme son père, il était malheureusement d’une intelligence époustouflante. Un cerveau qui ne serait jamais utilisé car il n’appartenait pas à l’élite. Mais oui ! C’était la solution ! Arthur était certainement capable de faire les calculs nécessaires à l’élaboration de l’aéronef. Mais comment opérer sans lui révéler leurs projets ?

Yan n’écouta pas les cours de toute la matinée. Il réfléchit au meilleur moyen d’utiliser les capacités d’Arthur sans qu’il se doute de la finalité de la construction de leur aéronef. Il avait enfin sa petite idée. Il profita de la pause déjeuner pour l’aborder. Arthur n’ayant pas d’amis, Yan s’approcha facilement.

« - C’est toi Arthur Sapin ? lui demanda t-il en mâchouillant son sandwich.

  • - Tout dépend, qu’est ce que tu lui veux? répondit-il, suspicieux.

  • - Il paraît que t’es le meilleur en math et physique et que rien ne te résiste. C’est vrai?

  • - Ah bon? Et qui dit ça?

  • - Un peu tout le monde, c’est ta réputation.

  • - Et bien… ajouta t-il, flatté, c’est vrai que je me débrouille plutôt bien.

  • - Ça te plairait de relever un défi?

  • - Quel genre de défi?

  • - Voilà, j’ai un gros défaut, je suis vantard, mentit Yan. Il y a quelques jours, je me suis vanté auprès d’un technicien que j’étais capable d’inventer un engin volant.

  • - Un engin volant? Rien que ça! s’exclama Arthur.

  • - Enfin, je parlais de maquette bien entendu. Mais bien sûr, cet homme, un collègue de mon père, m’a mis au défi d’en construire une. Maintenant, je suis embêté car j’ai quelques mois pour la réaliser et je ne sais pas comment m’y prendre.

  • - Et tu voudrais que je t’aide?

  • - Oui, j’ai déjà potassé le sujet et j’aurais surtout besoin d’aide pour des calculs.

  • - Et qu’est ce que j’y gagnerai?»

Yan avait anticipé cette question, connaissant le côté profiteur du personnage.

« - Si tu m’aides, je pourrais te trouver un cyber-intellect.

  • - Quoi??? s’exclama Arthur, étonné. Mais où vas-tu en trouver un? C’est impossible!

  • - Ne t’inquiète pas. Quand on est vantard comme moi, on est bien obligé d’avoir des combines pour se procurer tout ce que l’on veut.

  • - L’offre est tentante. Mais je ne peux rien te promettre. Il faut d’abord que j’examine le travail de recherche que tu as déjà effectué.

  • - Je t’amène tout cela dès demain. Tu me diras ce que tu en pense.»

Satisfait, Yan salua son nouveau collaborateur et quitta le lycée. Impatient, il allait prendre son après-midi pour établir un plan d’ensemble. Sonia allait certainement être épatée ! Le projet était en bonne voie.

 

« - Alors, tu as étudié les fiches techniques pour la construction de l’aérostat ? »

Ils s’étaient retrouvés sur leur lieu de prédilection : le toit de la plus grande tour de la ville. La lune, ronde et lumineuse, les éclairait d’un éclat bleuté.

« - Bien sûr ! Et j’ai fait mieux encore, j’ai préparé un plan d’action, lui répondit Yan.

  • - Un plan d’action? Que veux-tu dire par là? lui demanda t-elle, étonnée.

  • - Et bien, j’ai découvert une autre des fonctions de ma montre. Regarde.»

Il frôla délicatement l’écran à plusieurs reprises et une image en trois dimensions apparue au-dessus de son poignet.

« - Ouah !! Je savais qu’elle avait d’autres possibilités, mais je ne pensais pas à ça ! s’exclama Sonia.

  • - Je te présente, notre aérostat!»

Un ballon ovale cerclé de sangles surmontant une nacelle se matérialisa sous leurs yeux.

« - Tout d’abord, nous devons nous procurer du polyester que nous devrons coudre pour former le ballon. Il faudra aussi une machine à coudre. Ensuite, nous nous attaquerons à la nacelle. Soit nous trouvons un grand bac en plastique qui pourra nous transporter, soit nous la fabriquons nous-mêmes en tissant des lanières de plastique. Ensuite, il faut tout le matériel pour l’assemblage : un brûleur, du propane liquide, des appareils comme un manomètre, un variomètre et un altimètre, et encore, je n’ai pas énuméré le petit matériel ! »

Tandis qu’il donnait ses explications, Yan touchait le ballon en relief aux différentes parties exposées afin qu’elles s’agrandissent. Ils pouvaient ainsi observer en détail les étapes de la fabrication.

« - Mais c’est génial ! s’écria Sonia dont les yeux s’illuminaient. Ils ne nous restent plus qu’à nous mettre au travail. J’ai déjà ma petite idée pour le polyester…

  • - Attends, ne t’emballes pas trop vite, la stoppa Yan. Il y a un autre souci à régler auparavant.»

Sonia fronça les sourcils, sceptique.

« - Ne me regarde pas comme ça, répliqua Yan, attendri par sa moue circonspecte. Pour construire tout ça, il faut calculer la grandeur de l’enveloppe, la masse d’air chaud qu’il faudra envoyer pour qu’il s’envole et il ne faut pas que la nacelle soit trop lourde pour le ballon ! C’est pas très simple et je ne saurais pas faire les calculs. »

Cette fois, la bouche de Sonia s’ouvrit dans un « oh ! » désespéré.

« - Ne t’inquiète pas ! rétorqua Yan très vite. Je me suis arrangé pour trouver une grosse tête qui nous fera les calculs.

  • - Quoi? s’étonna Sonia. Tu as parlé de notre projet à quelqu’un?

  • - Non, non, ajouta Yan qui sentait la colère monter chez son amie. Tu penses bien, je n’ai pas fait une chose pareille! J’ai raconté un bobard à Arthur.

  • - Et quel genre d’histoire as-tu inventé? demanda t-elle, sceptique.

  • - Un truc bien banal! s’écria t-il, cherchant à la rassurer. Je lui ai dit que je voulais prouver à un ami que j’étais capable de construire une maquette d’objet volant. Ensuite, nous n’aurons qu’à multiplier les calculs d’Arthur par 20 ou 30 et ce sera bon!

  • - Et pourquoi ferait-il ça pour nous? continua t-elle, pas convaincue.

  • - Déjà, c’est pour moi. Je ne lui ai pas parlé de toi, tu penses bien…

  • - Ah oui… marmonna t-elle, attendant la suite.

  • - Je lui ai promis un cadeau s’il m’aidait.

  • - Quel genre?

  • - Et bien… Un cyber intellect, osa t-il avouer, apeuré.

  • - Quoi??? Et comment tu vas t’en procurer un? cria t-elle, visiblement énervé.

  • - Je comptais sur toi…

  • - Ah ben voyons! Tu ne lui parles pas de moi, mais tu comptes sur moi pour dénicher un cyber intellect! Comme s’il n’y avait rien de plus simple!«

Cette fois, elle était fâchée pour de bon. Elle lui tournait le dos et boudait dans son coin. Yan n’y comprenait rien à la logique féminine ! Il était sûr que s’il était revenu bredouille, sans solution, elle lui aurait reproché de lui laisser tout le travail. Et s’il avait osé parler d’elle, une friqué, à Arthur, elle en aurait fait une crise de nerf ! Mais il n’aimait pas la voir ainsi. Son silence était une véritable torture pour lui. Il s’approcha doucement d’elle et, tout en posant la main sur son épaule, lui glissa doucement :

« - Je suis désolé si je t’ai vexé, je ne le voulais pas. Ne t’inquiètes pas, tout se passera bien avec Arthur. Fais-moi confiance ! Bientôt, nous aurons construit notre aérostat et nous pourrons partir d’ici.

  • - J’ai peur qu’il ne gobe pas tes salades. Et s’il comprenait ce que nous faisons vraiment? Tu imagines un peu? Ils nous enfermeraient. J’en suis sûr exposa t-elle, calmé par les douces paroles de Yan.

  • - Non, ça n’arrivera pas. Aies confiance en moi un peu! s’exclama t-il d’un ton suppliant.

  • - Tu sais Yan, dit-elle se tournant vers lui et en le regardant dans les yeux, la confiance, ça se gagne.»

Lina Carmen 



1 commentaire

  1. Malek 27 octobre

    Ce chapitre est super sympa. Le plan d’évasion se met doucement en place. Le subterfuge pour obtenir de l’aide d’Arthur est une bonne idée. Je n’ai rien à redire. Et j’aime toujours autant ta façon d’écrire.

    A bientôt !

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